THOMAS SANKARA
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• La mort de Thomas Sankara / le 15 octobre 1987 vu par...
Jean Ziegler
« La victoire des vaincus »
Seuil / L'histoire immédiate, janvier 1988
Quatrième partie : Vie et mort de Thomas Sankara, page 157-158
I. Les révolutionnaires
Thomas Sankara est mort comme Salvador Allende : assassiné par des militaires autochtones, téléguidés par l'étranger.
Le soleil rouge de la saison des pluies descend lentement derrière les palmiers de l'enclos dit de « l'Entente » à Ouagadougou. Derrière les barrières, une poignée de maisons bases, un hall de conférence fait de béton gris et de verre. Des hibiscus bleus, des flamboyants constellent les sentiers, recouvrent partiellement les façades. Il fait chaud. L'air en cette fin d'après-midi est doux. Nous sommes le jeudi 15 octobre 1987, à 16 heures 30 : une colonne de petites voitures – des Renault 6 de couleur noire – quitte la chaussée goudronnée, bifurque sur le chemin de terre rouge, entre dans l'enclos. Dans la salle doit commencer la session extraordinaire du Conseil national de la révolution du Burkina.
Les tueurs sont embusqués dans les premières maisons, tout près de la barrière d'entrée et dans les buissons qui longent le sentier. Une grenade déchiquette la voiture de tête. Paulin Bamouni, chef de presse de la présidence, Frédéric Ziembe, conseiller juridique, sont tués sur le coup. Sankara et neuf gardes parviennent à se réfugier dans un pavillon tout proche. Couchés à plat ventre dans le corridor, ils ripostent. Mais le pavillon est encerclé. Une grenade offensive est jetée à l'intérieur. Sankara, blessé, dit : « C'est inutile, c'est moi qu'ils cherchent. » Il se lève. Serein. Se dirige vers la porte. Une rafale de kalachnikov lui déchire le corps. Les tueurs investissent le pavillon, tirent sur tout ce qui vit.
Pour plusieurs d'entre les suppliciés l'agonie est longue. Sankara souffre pendant plus de quarante minutes dans la poussière rouge du chemin. Son sang se mêle à la terre.
À la tombée de la nuit finalement, les tueurs ramassent leurs victimes. Des camions militaires les emportent au cimetière de Dagnien dans le quartier oriental de Ouagadougou. Les corps sont jetés dans des fosses communes. Toute la nuit durant, et pendant les jours et les nuits qui suivent, des milliers d'hommes, d'enfants, d'adolescents et de femmes, des fonctionnaires, des paysans, des étudiants défilent silencieusement, le visage en pleurs, secoués par une rage impuissante sur les bords de la fosse commune.
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